C’est tout pourri 13 ! : Dschinghis Khan

Dschinghis Khan en français Genghis Khan est la preuve  que le tout pourri allemand n’a rien à envier à personne.

La chanson et le clip Moskau 1979 sont des exemples de la sobriété et de l’authenticité de ce fleuron du genre en Allemagne. Bien loin des relents commerciaux de Village peoples, on sent chez Dschinghis Khan une implication désintéressée et un talent pour le tout pourri d’une rare intensité.

Reconnaissance ultime, le groupe représentera l’Allemagne à l’Eurovision.

 

 

Umbrella

Une pub russe…très rockabilly

 

 

J’aime surtout la reprise de Umbrella par les baseballs.

 

De Montréal à Moscou

Nadia Comaneci n’est pas l’athlète la plus titrée de la gymnastique artistique, loin de là. Son nom est pourtant à jamais associée à ce sport et beaucoup la considère comme la plus grande gymnaste de tous les temps.

Jeux olympique de Montréal, 18 juillet 1976 : après un passage hallucinant aux barres asymétriques, la fée clochette roumaine obtient pour la première fois dans l’histoire de la gymnastique, la note maximale de 10. Un peu à l’instar du système de mesure lors du saut de Beamon en 68, le tableau d’affichage qui n’était pas prévu pour une telle performance, est dans l’incapacité d’afficher la note donnée par les juges.

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Nadia déjà championne d’Europe en 75, vient de réinventer la gymnastique et de la faire renter dans une autre dimension. Sa technique est non seulement parfaite mais plus fort, les figures sont totalement nouvelles et réalisées à la façon d’une danseuse. Cette gamine de 14 ans va éclabousser la compétition de toute sa classe et remporter non seulement le concours complet individuel mais aussi deux titres par appareil et cinq médailles au total.

 A cet instant, elle vient de perdre la maîtrise de son destin. La suite de sa carrière se confond avec l’histoire de son pays et celle de la fin de la guerre froide.

 

De l’autre côté du rideau de fer, le sport est un objet politique majeur, une forme de prolongement de la guerre froide, et la gymnastique une discipline phare des pays du bloc de l’Est. Tout est mis en oeuvre pour gagner, y compris à travers un système de formation qui  à l’image des régimes en place, ne recule devant rien. Les individus les plus doués sont repérés et regroupés dès leur plus jeune âge dans des centres où ils reçoivent un entraînement intensif.

Les chemins vers la gloire sont pavés de sang et de larmes pour ces petites filles. Véritables enfants martyres, elles sont contraintes de subir des régimes alimentaires dangereux et un rythme d’entraînement spartiate qui pousse corps et esprit dans leurs derniers retranchements. Si le fantasque entraîneur de Nadia, Béla Karolyi est un obsessionnel de la perfection, l’école roumaine n’est peut être pas la plus impitoyable. En 1979, la soviétique Eléna Mukhina, championne du monde 78, est contrainte de reprendre prématurément l’entraînement après une fracture afin d’être prête pour les JO de Moscou.  Il s’en suivra une nouvelle chute sur une figure qu’elle ne maîtrisait pas et une paralysie jusqu’à sa mort prématurée dans les années 2000. Elle est loin d’être  la seule championne à être victime de ce genre de pratiques. Blessures graves, anorexie, fugues et tentatives de suicides sont monnaie courante.

Bref… un régime alimentaire insensé, pas de règles, pas de seins, pas de vie sexuelle ni sociale, des laxatifs avant chaque compétition, le sport de haut niveau entendu de cette façon est non seulement une souffrance mais également une obsession du quotidien. Certes à ce petit jeu, l’Est est le plus fort mais l’Ouest ne va pas tarder à singer puis importer ces pratiques qui gagnent.

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 Si la gymnastique est un enjeu Est-Ouest, elle cristallise aussi les rivalités nationales entre les pays de l’Est. L’Union soviétique qui traditionnellement domine la discipline supporte mal d’être contrecarrée par « les pays frères ».

La première humiliation en date vient de l’inoubliable tchèque Věra Čáslavská, championne olympique en 64 à Tokyo où elle devance l’icône de la gymnastique soviétique Larissa Latynina. Elle récidive à Mexico en 68 en plein  printemps de Prague et se permet même en signe de résistance, de bouder ostensiblement l’hymne soviétique lors d’une cérémonie de remise de médailles. Malheur à elle pour son courage quand elle reviendra dans son pays désormais sous le joug soviétique.

 

 

 

La seconde gifle à l’hégémonie soviétique, celle infligée par Nadia, est d’autant plus retentissante, qu’elle vient d’une représentante d’un régime dont le chef a toujours manifesté des velléités de libre arbitre. Nicolae Ceaușescu, dictateur ubuesque, cherche pourtant à sortir son pays de l’orbite soviétique. Ainsi, celui qui se fait désigner comme l’étoile polaire pensante du Danube de la pensée fait du pied aux USA, condamne l’intervention en Tchécoslovaquie, entretient des relations avec Israël et ira même jusqu’à refuser le boycott des JO de Los Angeles en 84.

Dans ce contexte les performances de Nadia, deviennent un objet politique. La petite héroïne du travail socialiste devient une super star du régime roumain. Cette situation ne va pas être sans déstabiliser l’adolescente pour qui il semble plus facile de tenir en équilibre sur une poutre que dans une vie qui ne lui appartient plus. Et puis pour les habitants des pays de l’est des années 70, Montréal c’est déjà franchement les marchands du temple. Sponsors et argent facile tournent vite la tête aux athlètes venus de l’autre côté du rideau de fer. Les quatre ans qui la séparent des JO de Moscou vont représenter une période très compliquée tant sur le plan sportif que personnel.

Nadia Comaneci

Ses parents divorcent, le régime tente de la retirer de la tutelle sportive du couple Karolyi. Si elle retrouve son titre individuel au général en 77 et 79 au championnat d’Europe, elle ne sera jamais médaillée au général d’un championnat du monde malgré un titre à la poutre en 78 et une médaille d’or par équipe en 79 après une performance inouïe encore à la poutre, ce à quelques heures d’une opération pour une infection au poignet.

 Quand elle se présente aux JO de Moscou en 1980, la « petite fée de Montréal » est devenue une belle jeune femme. Cependant, à Moscou, il faut qu’une soviétique l’emporte. Un peu à la surprise générale et malgré une erreur aux barres asymétriques, elle peut encore prétendre à la médaille d’or du concours général avant le dernier passage à la poutre. Pour obtenir le titre, il lui faut une note de 9,95.

Comment Nadia Comaneci ne peut-elle pas obtenir cette note à un agrès où elle est la meilleure du monde ? Malgré une prestation parfaite, le jury délibère pendant 25 minutes, et ne lui donne que 9,85. Cela sent l’arnaque à plein nez.

 

 

 

Nadia est médaillée de bronze, derrière deux soviétiques.  Deux médailles d’or à la poutre et au sol ne la consoleront pas de cet échec. Elle arrête sa carrière l’année d’après. Viendra ensuite le temps de l’exil aux Etats-Unis à quelques jours de la révolution roumaine qui ne fait que renforcer l’ambiguïté et le mystère du personnage.

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Au pays du marché, elle finira par vendre ses médailles dans une émission télé de seconde zone afin de pouvoir se payer un studio.

La gloire est éphémère répétait à l’oreille du général romain vainqueur, l’esclave qui se tenait derrière lui pendant son entrée triomphale dans la ville éternelle.

Mais qui es tu vraiment Michel ?

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XIXème siècle en Russie sous le règne du Tsar Alexandre II, les tribus Tartares investissent la Sibérie orientale, mettant en déroute les garnisons russes, dévastant les villages et semant la terreur parmi les populations colons. Les communications sont coupées et le souverain, n’a d’autre solution que d’envoyer l’un de ses courriers d’élite afin de prévenir son frère, le Grand Duc Dimitri, de se retrancher dans Irkoutsk, la capitale de la Sibérie orientale.

 On connaît la suite: c’est un jeune capitaine d’origine sibérienne qui est choisi pour mener à bien cette mission secrète. Il va réussir l’exploit de parcourir plus de 5500 km avec des moyens de fortune dans un pays désorganisé et semé de dangers, en échappant aux tartares qui le traquent pourtant impitoyablement.

   « Michel STROGOFF »paraît en 1871 spécialement pour célébrer la visite du Tsar à Paris. Un Jules Verne à part qui ne donne pas leurs places habituelles aux machines infernales, monstres marins, catastrophes naturelles ou scientifiques visionnaires, mais qui célèbre la force physique et mentale d’un Hercule moderne que rien ni personne ne semble pouvoir arrêter. Cette littérature en ligne droite est toute dédiée au mythe du super héros et ne s’encombre guère d’autres considérations. Le message s’il n’est pas totalement apolitique, est simpliste : La Sibérie c’est la Russie, point de salut sans l’administration impériale. Le bon Jules obtient d’ailleurs la bénédiction des autorités russes avant la sortie de son roman.

 Le livre connaîtra un succès sans cesse renouvelé et fera dès le début du 20èmesiècle l’objet de plusieurs adaptations au grand écran, pour l’essentiel rien d’inoubliable. On se souvient notamment d’un film médiocre avec Curd JÜRGENS qui incarnait STROGOFF, donnant même un second opus grisonnant style « 20 ans après » aux aventures de l’intrépide capitaine.

 C’’est finalement une coproduction franco-austro-germano-belge réalisée par Jean Pierre DECOURT pour le petit écran qui va donner à l’œuvre culte de Jules Verne, ses lettres de noblesse dans le 7ème art. A l’inverse de roman, c’est le questionnement autour des problématiques de la colonisation et de l’identité culturelle qui est le thème central de ce téléfilm en sept parties diffusé pour la première fois en 1975.

 

 

Pour ce faire, DECOURT dispose des moyens relativement importants pour l’époque et d’un casting de grande qualité. Il fait le choix d’organiser sa narration essentiellement autour de l’itinéraire croisé des 2 couples composés par les quatre personnages principaux du Roman.

Le couple Michel STROGOFF- Nadia FEDOR conserve évidemment la place première qu’il occupe dans le roman. Le téléfilm donne un plus grand relief au personnage de Nadia et aux tensions voir à certaines incompréhensions qui peuvent exister entre cette fille d’intellectuel dissident déporté et le capitaine des courriers impériaux, issu d’une famille de petits colons russes installés en Sibérie. Si ce dernier reste dans la première partie du téléfilm, l’indestructible bête humaine décrite dans le roman, il va progressivement abandonner son costume de super héros pour douter du bien fondé de sa mission.

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Le couple Yvan OGAREFF- SANGARE – beaucoup plus en lumière que dans le roman – est emblématique du carrefour culturel que représente le territoire sibérien à cette époque. A l’inverse du traître à la patrie décrit par Jules VERNE, le colonel OGAREFF est le seul personnage du roman à être animé par un idéal politique. Le moteur de son action est l’instauration d’une république sibérienne. DECOURT fait du « méchant » du roman, un intellectuel complexe à la double culture en lutte contre le totalitarisme et le colonialisme de l’Empire russe. L’homme n’hésite pas non plus à opposer au féodalisme de son allié FEOFAR, une approche égalitaire et humaniste de la lutte pour l’indépendance de la Sibérie, contestant même la vision très traditionaliste des autres tartares quant à la place de la femme dans la société.

 Si SANGARE est tout aussi marginale que son compagnon, la belle voyante tsigane, ni russe ni tartare, ne semble guère concernée par le conflit pour la terre de Sibérie. Plus intuitive et énigmatique, seul lui importe véritablement l’amour sans faille qu’elle porte à OGAREFF. La relation entre l’ex officier de l’armée russe épris de rationalisme et cette fille des grands chemins versée dans les arts occultes, n’est d’ailleurs pas le moindre des paradoxes du téléfilm.

 FF

Tout au long de ce voyage entre Moscou et Irkoutsk, ponctué par l’inoubliable musique de Vladimir COSMA, que ce soit à travers l’avancée de STROGOFF ou celle d’OGAREFF, on ne peut que constater les méfaits de l’impérialisme. Inégalité, pauvreté, souffrance et totalitarisme sont les leitmotivs de ces immenses territoires sibériens pris dans la tourmente de la reconquête tartare. Le courrier du Tsar – supplicié et désormais aveugle ! – en arrive alors à douter de sa mission et de la légitimité du régime qu’il sert :

« – Est-ce cela le droit, pour qui faisons nous cela Nadia ?

Le Grand Duc Dimitri est une canaille et cette Sibérie dans laquelle je suis venu au monde, était aux Tartares. Nous les avons proprement dépouillés ! » On est là complètement hors de propos du STROGOFF original du roman de Verne.

Autre exemple du contre pied fait à Jules Verne, un échange entre OGAREFF et un instituteur russe qui contre toute attente a pris le parti des Tartares

OGAREFF – « Vous n’êtes pas Tartare ? »

L’instituteur – « J’ai pourtant choisi votre camp. L’administration russe a pourri ce pays comme toutes les régions qu’elle touche. Le colosse à des pieds d’argile. La corruption fait des ravages. »

 OGAREFF – « Adieu ami, je me souviendrai de vous »

 

 

 

Alors pourquoi STROGOFF poursuit-il me direz vous ?  Probablement, cette capacité à ne jamais lâcher par principe, à faire le job quoi qu’il advienne parce que c’est dans son ADN. Au fond, il s’agit du drame de tous ces militaires embarqués dans des enjeux qui les dépassent.

Au bout de la route reste l’inoubliable confrontation finale entre STROGOFF et OGAREFF devant la porte d’Irkoutsk. Le premier après avoir terrassé le second, refuse qu’il soit qualifié de traître par un Grand Duc pour lequel il ne ressent au final plus que mépris.

Le Grand Duc – « Je regrette qu’il soit mort. Il méritait une mort beaucoup plus cruelle. Il n’y a pas de mort assez dure pour les lâches de son espèce »

STROGOFF – « Ce n’est pas un lâche, il est mort en héros »

Le Grand Duc – « Capitaine, je m’étonne que vous défendiez un traitre »

STROGOFF – « Il n’est pas traitre celui qui reste fidèle à son idéal jusqu’au bout »

 Nous aussi commencions à sortir du simplisme du roman et à apprécier ce militant d’OGAREFF.

KK

 Bien entendu, les thèmes suggérés par DECOURT font largement écho aux préoccupations politiques de la fin des années 70. Guerres de décolonisation, explosion des nationalismes, réforme agraire…sont en filigrane de cette très belle adaptation. Quant à la description d’une administration russe impérialiste et corrompue, elle n’est pas sans rappeler le régime soviétique déjà sur sa fin même si à l’époque personne n’envisageait l’effondrement à venir.

Force est de constater aujourd’hui que l’analyse est toujours d’actualité et que la problématique de l’impérialisme russe dépasse la nature du régime en place dans le pays.

 

Un mot sur les acteurs tous formidables :

 Le regretté Raimund Harmstorf campe un inoubliable Michel STROGOFF, à la fois virile, secret et fragile. Lorenza Guerrieri est une Nadia sensuelle et pleine de caractère. Rada Rassimov donne une nouvelle dimension au personnage de la belle Sangar. Quant à Valeri Popesco, il incarne un Yvan OGAREFF racé, complexe et bien différent de la caricature du traître créé par Jules Verne.

 

Même si avec le temps, la mise en scène a un peu vieilli, ce téléfilm reste toujours la meilleure adaptation libre à l’écran du Roman et bénéficie désormais d’un petit cachet rétro qui le laisse revoir avec beaucoup d’intérêt et de plaisir. C’est aussi l’occasion de rendre hommage à Jean Pierre DECOURT, pionnier et réalisateur majeur du petit écran français.

 

Dommage qu’il soit bien difficile de trouver ce téléfilm faute d’une édition DVD.

1980, USA VS URSS : « Miracle on Ice »

Le monument de l’histoire du Hockey sur glace

 

Jeux Olympiques de Lake Placid :

contre toute attente l’équipe nationale des USA composée de jeunes universitaires inconnus s’impose au bout de la nuit et d’un match inoubliable devant la dream-team soviétique de l’époque pourtant réputée imbattable.

L’ambiance dans la patinoire est totalement hors norme et permet aux américains de faire le match de leur vie face aux joueurs de légende de ce qui fut probablement l’une des plus grandes équipes de l’histoire de ce sport. Les USA seront dominés pendant toute la rencontre mais vont revenir avec l’énergie du désespoir par trois fois à la marque avant de prendre l’avantage dans le dernier tiers temps.

Cette victoire inouïe dans un contexte international particulièrement difficile pour les Etats Unis (les otages d’Iran, l’invasion de l’Afghanistan, le boycott des jeux de Moscou) avait valeur de symbole et a forcément pris une dimension politique. Mais il s’agit avant tout d’un sommet de l’histoire du sport. Même s’il ne faut jamais sous-estimer le hockey universitaire américain, c’est un peu comme si une équipe d’amateurs avait gagné la coupe du monde de foot, impensable !

 J’ai vu ce match quand j’étais gosse. Lorsque j’y repense, j’en ai encore des frissons. J’avais le sentiment que le monde entier s’était arrêté pour regarder la rencontre. Je me souviens du regard énigmatique vers le ciel ou vers l’horloge (?) de Herb Brooks le coach des USA quand son équipe passe devant à 10 minutes de la fin. La suite est dantesque, les soviétiques manquent d’égaliser une dizaine de fois mais Jim Craig, le gardien américain qui ce soir là est touché par la grâce, multiplie les miracles.

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Quelques jours plus tard, les USA une nouvelle fois menée au score, battent la Finlande et ravissent le titre olympique aux soviétiques qui le détenait depuis 1964.

Au delà du fait qu’il représente un moment exceptionnel de l’histoire du sport, ce qui interpelle dans Miracle on Ice, c’est la façon dont un contexte émotionnel peut transcender un collectif et lui permettre de réaliser quelque chose de complètement improbable.