C’est tout pourri 14 ! : Star Crash ou l’art du space spaghetti

En 1976 Star Wars invente le space opéra au cinéma. Le premier volet de la saga qui se poursuit toujours après plus de 40 ans obtient un succès planétaire fulgurant. Un véritable défi pour Cinecitta qui en ce temps là est le sanctuaire de la photocopie toute pourrie des westerns et autres péplums américains. Si les producteurs italiens n’avaient jamais vraiment cru dans la SF tout est désormais différent. Vont voir ce qu’il vont voir ces putains d’amerlocs !

C’est Luigi Cozzi, un metteur en scène obscur mais ancien collaborateur de Dario Argento et pionnier de la SF en Italie, qui va être chargé de la réplique (dans tous les sens du terme). Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître. Star Crash le choc des étoiles qui sort en 1979 est indéniablement l’un des grands chefs d’oeuvre du tout pourri spécial SF et devient le film référence du space spaghetti. Le titre original Scontri stellari oltre la terza dimensione beaucoup plus truculent se traduit littéralement par « Affrontements stellaires au-delà de la troisième dimension »…rien que ça ! Plus qu’un choc des étoiles, il va s’agir d’un vrai choc culturel. Mais examinons les ingrédients sur lesquels repose ce moment de grâce du 7ème art.

starcrash-poster                       Mais qui a donc volé le faucon millénium ?!

La recette est simple : des acteurs à la wanagain, des vues de l’espace peintes sur verre avec des couleurs psychédéliques, des vaisseaux playmobil, des dialogues débilitants, des costumes d’opérette, des décors du niveau d’un concours de l’eurovision en Moldavie et surtout une réalisation sans complexe qui confirme que le ridicule ne tue pas et peut même faire un succès.

Il suffit de consulter le synopsis pour comprendre que Star Wars est dans le collimateur de nos amis italiens : Seigneur des mondes obscurs, le comte Zarth Arn rêve de conquérir toutes les galaxies et de s’emparer du pouvoir de l’empereur des Etoiles. C’est sans compter sur deux intrépides et gentils hors la loi de l’espace : une pilote hors-norme aux mensurations avantageuses, et son coéquipier, doué de pouvoirs mentaux stupéfiants et d’une moumoute qui l’est toute autant. Au passage notez l’innovation puisque dans Star Crash contrairement à Star Wars c’est le pouvoir en place qui est du bon côté.

Dans l’espassssse, il y a des maaachine ! Dans l’espassssse, Caro est suuublime !…

 

Passons à la revue du casting qui en dit long sur l’envergure du machin :

l’héroïne principale s’appelle Stella Starr. Ça c’est du nom original de bonne grosse SF bien dégoulinante. Elle est interprétée par une Caroline Munro inoubliable qui autant le dire tout de suite est l’âme esthétique du film et un peu à Cozzi ce que Monica Vitti était à Antonioni.

STARCRASH-7       Pourquoi ? avec un singe comme copilote vous trouvez que c’est plus crédible ? !

Caro, on peut dire que c’est du lourd. Une sorte d’Ornella Muti du pauvre. Si, si…après tout Ornella s’est bien fait Flash Gordon. A l’époque Caro appartient déjà au club très fermé des James Bond girls, et puis elle a aussi fait des apparitions dans l’un des volets de la tétralogie des mondes perdus de Kevin O’Connor et dans Le voyage fantastique de Simbad,

Caro mutti                                 Et qui c’est qui fait de la muscu ?

Autant de faits d’arme pour les amateurs du cinéma d’auteur. Sa prestation dans Star Crash à moitié nue avec un costume digne d’une orgie SM va enterrer totalement Cary Fisher qui en comparaison fait office de bonne sœur. Tant est si bien que quelques années plus tard Lucas modélisera la « Caro touch » en mettant sa princesse en bikini dans le 3ème volet de la trilogie.

caroleiaEt en plus elles sont armées maintenant les ispices di connasse !

Si on rajoute à sa plastique sculpturale, son talent d’actrice, autrement dit sa gestuelle de roman photo, son maquillage Lancôme, ses faux airs de femme farouche, son rire nerveux et ses répliques minimalistes, on obtient l’une des interprétations les plus improbables des années 70. Ce qui n’est pas peu dire.

Caro Munro, remember the name !

 

Le faire valoir de Stella Starr s’appelle Akton. Le nom sent bon la SF farces et attrapes. Le type est plein de feintes et complètement hystérique. Mais son vrai plus réside dans son style capillaire inimitable et son air de fou de Dieu. L’acteur, Marjoe Gortner avait tout pour décrocher un rôle dans l’innommable Xanadu. Il a été le plus jeune prédicateur évangéliste à l’âge de 4 ans ! Le Shirley Temple du mouvement pentecôtiste. Ses parents avaient fait de lui un business vivant et exploitait ses talents sans vergogne. Quand le gosse mémorisait mal les sermons, ils lui infligeaient des séances d’immersion dans une bassine pour le punir sans abîmer sa jolie petite frimousse. On comprend pourquoi notre Han Solo de pacotille a l’air totalement allumé.

 

Starcrash 21                 Djihadiste de l’hyperespace

 

David Hasselhoff (et oui Daviiiiiiid, celui de Malibu !) fait office de bellâtre de service. Il en aura lancé des talents quand même ce Star Crash ! Notre futur « alerteur en slip de bain » est Simon (un prénom d’apôtre…tiens comme Luc !), le fils du bienveillant empereur de la galaxie. Ce qui lui donne droit d’arborer une immonde coupe laquée mousseuse et de dragouiller notre Stella. Sinon Simon…c’est tout.

 

Starcrash-2-e1513355750917                    Une petite partie de beach-volley ?

Comme Alec Guiness dans Star Wars, il fallait une guest star et de préférence du Commonwealth. Ça fait plus sérieux pour faire l’empereur. C’est donc Christopher Plummer qui s’y colle. Ce qui est bien avec Christopher, c’est qu’il est expérimenté en nanar et qu’il envoie du bois dans le genre philo du café du commerce. On sent  bien que le mec s’engage artistiquement dans le projet…qui va lui permettre de payer ses impôts.

 

holoplummer
Tant qu’à nettoyer autant faire briller

L’ignoble comte Zarth Arn, nécessitait un dur, un tatoué qui sent le soufre. Qui mieux que l’énorme Tony Spinel pouvait incarner le côté obscur de Star Crash. On dirait pas comme ça mais notre affreux est déjà passé par Le parrain, Taxi driver et Rocky. Ne doutons pas que c’est son jeu qui inspirera bien plus tard à Lucas, le personnage du comte Dooku. Et prends ça dans ta gueule Star Wars ! Tony fera ensuite oeuvre de création avec le mythique Maniac, probablement le thriller le plus glauque des années 80 avec l’incontournable…Caroline Munro. On parle quand même d’un film dont l’affiche montre le tueur exhibant la chevelure sanguinolente d’une femme qu’il vient de scalper.

Zart Ham
The ugly

En ce qui oncerne les seconds rôles, on croise d’autres talents de l’époque comme la délicieuse Nadia Cassini, une habituée des comédies cochonnes italiennes, en méchante reine des Amazones ou encore Robert Teissier, un baroudeur des séries Z américaines.

Pour Judd Hamilton, chanteur sirupeux et surtout heureux mari de Caro, a été réservé le rôle d »Elias le robot à la gueule de vide ordure. Valorisant ! L’histoire ne dit pas si les frais de psy post-tournage étaient pris en charge par la prod.

 

NadiaRobert

« L’hyper espace ça me donne la chiasse »

-« Ta gueule blaireau, pour une fois que c’est pas moi qu’on reluque »

 

IMG_8902

Quel talent !

Mais Star Crash, ce n’est pas seulement une distribution de rêve, c’est aussi une très belle musique de John Barry, c’est encore une grosse équipe de juristes, essentielle pour éviter le procès en usurpation de propriété intellectuelle avec Georges Lucas, et c’est surtout un sommet du plagia bon marché.

Prenons par exemple l’Opening Crawl. Vous savez c’est ce texte fuyant vers l’infini de l’espace qui ouvre chaque épisode de Star Wars en faisant pour le spectateur un bref résumé des événements préalables. Depuis ce procédé qui se déroule au rythme de l’hymne mythique de la saga est devenu sa marque de fabrique. Y a qu’a pas s’embêter après tout on est là pour faire pareil se dit Cozzi. Ça nous donne un texte avec une police blanche dégueulasse qui se déroule à plat sur fond d’étoiles bariolées avec une phrase qui ne veut rien dire.

 

gene  vous voyez bien qu’on a pas copié. Le notre il est vraiment tout pourri.

La première séquence confirme le niveau. Akton et Stella se lancent dans une course poursuite interstellaire avec la police impériale . La scène fait l’objet d’un dialogue entre nos deux héros qui démontrent leur esprit de synthèse. Morceaux choisis :

Akton d’un air entendu – « Ah voilà les flics »

Stella taquine – « On fonce à mort! Essayes d’abord de nous attraper sale flic, on discutera après. Entrons dans l’hyper-espace! »

Akton réjouie -« On y va ! »
Stella soudainement lucide – « J’espère que notre taco spatial ne va pas se déglinguer »

 

starcrash coupleTant qu’il y aura des hommes

Mine de rien tous les messages sont passés dès l’intro : Nous aussi nous sommes des rebelles ! La preuve : on a un vaisseau tout pourri comme le faucon millénium, on fait des excès de vitesse et on nike les Keufs. Rajouter à ça l »hyper-espace version Star Crash, qui est tout à la fois un grand moment d’esthétisme et de réalisme.

Mais ce n’est qu’un début. Le film les enfile les unes après les autres. Elias le robot collant, les amazones de l’espace, les hommes préhistoriques extraterrestres, l’hologramme de l’empereur du 1er cercle, les « pajamastroopers », la bataille spatiale à coups de laser dessinés sur la pellicule avec des explosions de pétards à l’arrivée…

Pour moi la scène d’anthologie reste toutefois le combat d’Akton et de Simon notre Apollon des plages, au sabre laser contre les robots « templiers » du comte Zarth Arn. Sans complexe Akton se paye même le luxe de se désintégrer après son sacrifice à la façon d’un Obi-Wan-Kenobi.

starcrash        Jedi jouant en ligue 2

Cozzi a par ailleurs des références cinématographiques et n’hésite pas à les montrer. Difficile de ne pas reconnaître dans le robot géant armé d’une épée que la Reine des amazones lance à la poursuite de Stella et Elias, le titan de Jason et les argonautes, film culte dans lequel le génial Ray Harryhausen était aux manettes des effets spéciaux. C’est l’occasion de démontrer que même si Star Crash date de 1979, ses trucages tout pourri ont 20 ans de retard sur ceux que Ray pouvait faire en 1963. Pathétique !

 

TitanCours Forrest, cours !

C’est bien l’exhaustivité dans la crétinerie qui fait de Star Crash un film d’exception. Ce qui lui vaudra un succès commercial certain à sa sortie. Pourtant le film ne fera pas vraiment école tant il est inimitable. On peut toutefois citer l’imbuvable Flash Gordon qui a aussi fait l’objet d’une chronique du tout pourri ou encore Battle Beyond the Stars qui en tient également une sacrée couche. Reste que Star Crash est une abomination inégalée, statut qu’il doit d’abord à Caro Munro, muse ultime de l’héroic latex, et au goût de chiotte de Cozzi.

Caro Rhum

                    Nuit grave à la santé

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