Merlene, la reine maudite

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1996, dans la moiteur de la nuit d’Atlanta, la belle Merlene jette un regard détaché sur le tableau électronique. A 35 ans, elle sait qu’elle ne sera jamais championne olympique du 100 m.

Comme aux mondiaux de Stuttgart trois ans avant, elle a pris un départ catastrophique.  Au 50 m, elle a une longueur de retard sur Gail Devers et malgré un retour phénoménal sur la fin, il aurait fallu encore quelques centimètres de course pour qu’elle puisse la passer. Comme à Stuttgart, on ne peut pas départager les deux sprinteuses à l’œil nu mais les juges sont plus rapides à se décider que lors des mondiaux allemands. D’après la photo finish, Merlene n’est que médaille d’argent pour quelques millièmes de seconde !

Qui à ce moment peut penser que la carrière internationale de la jamaïcaine va encore durer plus de 15 ans ?

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Merlene Ottey a récolté ses premières places d’honneur sous le maillot de la Jamaïque à la fin des seventies au temps où les athlètes surhumaines de RDA défiées les bombes noires américaines, elle a obtenu son ultime médaille dans une course majeure lors des JO de Sydney en 2000 et a participé à sa dernière grande compétition internationale sous le maillot de la Slovénie en 2012 à Helsinki.

Plus de 30 ans de carrière, sept participations aux J.O, 9 médailles olympiques et 14 médailles aux championnats du monde :  le record de longévité  le plus phénoménal de l’athlétisme.

Pourtant la reine des stades  semble maudite : aucun titre olympique et aucune victoire en 100 m aux jeux ou aux mondiaux, ce qui reste une énigme même si la jamaïcaine était d’abord une spécialiste du 200 m.

La malédiction a probablement un nom : le dopage…de ses adversaires pendant la fin des années 80 et le début des années 90, période où elle est au sommet de ses performances.

 

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Si on se refait le palmarès des compétitions majeures auxquelles elle a pris part jusqu’en 96, les choses s’expliquent d’elles mêmes :

1980 J.O de Moscou : Rien à redire sur son résultat, Merlene a 20 ans, elle est la révélation du 200 m olympique et prend le bronze. Même si les athlètes de l’Est qui la devancent sont probablement chargées, cette situation est si j’ose dire, sportivement compensée par l’absence des américaines qui à cette époque sont plus fortes que la jeune jamaïcaine.

1983 Mondiaux de Helsinki : Merlene est devancée de très peu sur le 200 m par Marita Koch dont il a été démontré qu’elle prenait des anabolisants comme la plupart des athlètes de RDA à l’époque.

1984 J.O de Los Angeles : Ottey double le 100 et le 200 et glane deux médailles de bronze derrière les américaines. Rien à dire, Evelyn Ashford et Valerie Brisco sont au sommet de leur art et Merlene encore un peu tendre.

1987 Mondiaux de Rome : Merlene double encore le 100 et le 200 avec encore deux fois le bronze. C’est Silke Gladisch, l’allemande de l’est qui gagne les deux courses. Elle sera contrôlée positive quelques années plus tard. Quant aux deux autres sprinteuses qui devancent Ottey, il s’agit de Heike Drechsler et de la regrettée Florence Griffith-Joyner…no comment.

1988 J.O de Séoul : Merlene n’est que 4ème au 200. C’est Flo Jo qui gagne avec un temps surhumain et jamais approché de 21.34; Drechsler est aussi sur le podium…no comment.

1991 Mondiaux de Tokyo : Merlene ne prend que le bronze au 100 et 200, elle est devancée à la loyale pour l’argent par une Gwen Torrence dans la forme de sa vie. Mais c’est la sculpturale allemande Katrin Krabbe qui gagne les deux courses. Contrôlée positive au clenbuterol, elle sera suspendue quelques mois après.

1992 J.O de Barcelone : Contre-performance de Ottey même si beaucoup d’interrogations planent sur le cas de Gail Devers qui gagne le 100 m olympique de Barcelone et devancera donc à chaque fois d’un ou deux millièmes Ottey aux mondiaux de 93 et aux JO d’Atlanta en 96.

 

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En résumé, hormis à Los Angeles et à Barcelone où elle est surclassée sportivement, Ottey est systématiquement devancée par des athlètes qui seront par la suite contrôlées positives ou pour lesquelles les suspicions de dopage sont très fortes.

 Mais même sans refaire l’athlétisme moderne en fonction des cas de dopage démontrés, Merlene est une figure  incontournable du sport, non seulement pour son charisme et sa classe mais aussi parce-qu’elle a été l’inspiratrice de la génération dorée du sprint jamaïcain d’aujourd’hui.

Pour le plaisir, les 21.64 de 1991 au meeting de Bruxelles, toujours 3ème performance mondiale de tous les temps derrière l’incroyable record de Flo Jo et un chrono de Marion Jones en 98…no comment.

 

Un détail : le juste au corps jaune  un peu vintage que porte Ottey n’est pas celui de la Jamaïque mais  du Larios, son club espagnol de l’époque.

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