Lynchage d’une femme à Kaboul :  Regardez et fermez la !

 

Un article tout particulièrement dédié à un ami afghan, parce que ce qui s’est passé à Kaboul non seulement nous concerne mais nous convoque tous, parce que le déclencheur religieux n’est que le véhicule d’une misère sans fond, parce que cela pourrait hélas arriver partout sous d’autres prétextes.

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La scène si elle semble sortir d’un autre âge, s’est pourtant déroulée il y a quelques jours à Kaboul dans le quartier du palais présidentiel.

Farkhunda, une jeune femme accusée d’avoir brûlé le Coran, a été battue à mort, lapidée, jetée d’un toit, écrasée par une voiture puis finalement brûlée. Ce crime a été perpétré par une foule d’hommes ivres de haine. La vindicte barbare et la mise à mort de cette femme de 27 ans, auront duré deux heures sans que personne n’intervienne, pas même des policiers qui ont assisté au lynchage sans réagir.

Il est évident que la sauvagerie extrême, la spontanéité et le mobile dérisoire de cet assassinat, le font largement déborder de la rubrique des faits divers.

Des vidéos de ce supplice improvisé, probablement prises et postées par des voyeurs ou par les assassins eux-mêmes, avec leurs téléphones, ont fait le tour de la toile et ont été visionnées dans le monde entier. Elles sont insoutenables. Force est pourtant de constater qu’elles semblent avoir laissé la plupart des grands médias français sans grande réaction. Ces derniers généralement très prompts à dénoncer les méfaits de l’intégrisme musulman, semblent soudainement être devenus atones. Quand certains de nos journaux ont jugé bon d’évoquer le sujet, c’était pour préciser de façon  factuelle, que Farkhunda n’avait probablement pas commis ce pourquoi cette foule avait jugé bon de la tuer. Comme si le sujet essentiel était là !

Une fois écarté le présupposé islamophobe qui consiste à penser qu’être musulman est synonyme de fanatisme et de barbarie, ne faut-il pas s’interroger sur ce qui peut amener des êtres humains à se conduire comme une meute de chiens enragés, allant jusqu’à mettre à mort sur le champ sans autre forme de procès, l’une de leurs semblables ?

Il est vrai que l’Afghanistan est désormais un sujet plus que gênant pour les « redresseurs de tort » occidentaux. Et effectivement, la précédente interrogation ne peut qu’amener à porter un regard sur l’histoire récente de ce pays, sa situation actuelle et notamment le rôle peu ragoûtant que nos chères démocraties ont pu y jouer.

Mais que l’Afghanistan soit un terrain miné pour la bonne conscience occidentale, ne peut être l’unique explication de cette mise en sourdine médiatique. La façon de traiter ou plutôt de ne pas traiter cet événement laisse à réfléchir sur la banalisation de l’horreur qui vient d’ailleurs. Ceux qui se sont précipités pour être des « Charlie  » de la dernière heure, ne semblent pas pour autant, vouloir être Farkhunda.

Ce n’est pas d’hier que l’immense zapping mondialisé de l’information a commencé d’étouffer l’analyse, l’esprit critique et la conscience humaine. La diffusion non-stop d’images en self-service sans aucun traitement, ni même tri préalable, dans les immenses décharges numériques d’internet, a sérieusement lobotomisé notre rapport à l’information, à la réalité et au monde.

Quels repères et quelles valeurs peuvent se construire des individus habitués à passer en un clic, d’Hello Kitty à une scène de lapidation puis en un autre clic, à basculer vers la capture d’une séquence sur PS4 ? Pasolini parlait du fascisme de la consommation en évoquant la télé, aujourd’hui comment qualifier ce grand capharnaüm, ce déversoir d’images qu’est devenu une grande partie du web ?

Il y a plus que de la passivité, de l’indécence et du voyeurisme dans cette affaire. Cette capacité à poster ou consommer des scènes de crime contre l’humanité, entre la poire et le fromage sans daigner véritablement s’y intéresser, révèle une forme d’inconscience au sens propre qui quand on s’y arrête une seconde, fait froid dans le dos.

C’est non seulement une banalisation coupable de l’assassinat de cette jeune femme mais c’est aussi une façon de la lyncher une seconde fois.

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