Un regard à la fois si loin et si proche, un port de tête majestueux encadré par une abondante chevelure un peu sauvage, un col roulé moulant peau de pêche, le personnage dégage une maîtrise toujours à la limite de la rupture, une froideur métallique qui tranche avec l’humanité de ses yeux. Rarement dans un film, une actrice n’aura su dégager une féminité aussi virile.
Foutre le waï, n’est plus une activité réservée aux humains.
Dans son 2001 Odyssée de l’espace, Kubrick met en scène Hal 9000, un ordinateur ultra perfectionné mais aussi totalement incontrôlable. Le machin va finalement péter les plombs, tenter d’assassiner l’équipage de son vaisseau et faire capoter la mission spatiale qu’il est censé amener à bon port. Kubrick fait le choix du minimalisme pour donner vie à l’ordinateur psychopathe : juste l’image d’un iris rouge et une voix étrangement humaine mais ça marche à fond.
Mais Hal n’en restera pas là. Une suite qui gagne à être connue -2010, Odyssée 2 – a été donnée en 1984 au film de Kubrick, dans laquelle Hal est réactivé par la mission de secours. Cela donne un dialogue au bord de la crise de nerfs entre l’ordinateur toujours aussi borderline et l’un de ses concepteurs qui essaye de le convaincre…de ne plus foutre le waï.
On ne présente plus Spider-man. Le super héros créé par Marvel au début des années 60, a profondément renouvelé le monde des comics américains.
Un héros qui a les pouvoirs d’une araignée, incarné par un adolescent gringalet, premier de la classe, qui accumule les problèmes de cœur et d’argent, et se ballade à son temps perdu de toit en toit accroché à un fil dans un costume improbable, ce n’était pourtant pas gagné d’avance.
Uniquement des films dont on ne se souvient plus, dont on ne parle plus, qu’on ne voit plus, qu’on ne trouve pas en DVD et dont on a même du mal à trouver un extrait sur la toile. Certains on fait parler d’eux à leur sortie, d’autres sont passés totalement inaperçus, quelques uns sont des chefs d’oeuvre méconnus, beaucoup sont des séries B et parfois considérés comme des nanars .
Mais tous dans leur genre, ont apporté quelque chose de nouveau,. même si depuis ils sont passés aux oubliettes.
Il s’agit de l’ adaptation pour le cinéma sortie en 1980 du vieux comic strip Flash Gordon –Guy l’éclair (ou Leclerc ?) en français- créé en 1934 par Alex Raymond -quatre ans avant l’avènement de Superman- Cette oeuvre restera à n’en pas douter, l’une des plus grandes réussites assumées de crétinerie et de mauvais goût de l’histoire du cinéma. A tel point que cela en fait un archétype culte du tout pourri dont l’univers graphique reste à ce jour inégalé.
Flash Gordon happé par un « vortex continuum temps » se voit propulsé en compagnie de Dale Harden, une belle journaliste et de l’étrange docteur Zarkov, dans un monde dominé par l’infâme empereur Ming, une belle ordure prête à détruire la Terre…. Attention, on parle quand même d’un gars qui dans le civil est quaterback des New York Jet et se ballade tout le temps avec un tee shirt floqué à son nom !
Le film de Mike Hodges servi par quelques grands acteurs probablement en difficulté sur le plan fiscal (Max Von Sydow, Ornela Mutti, Timothy Dalton ) et par Danilo Donati, le directeur artistique attitré de Federico Fellini, dégage une émotion flamboyante unique.
Il faut dire que rien n’a été laissé au hasard : les dialogues à la philosophie minimaliste du genre OOUAAAAAI VIVE FLAASH ! ON A GAGNE GRACE A LUIIIII, les décors en carton qui donnent l’impression d’avoir été finis au posca, les effets spéciaux qui ont 20 ans de retard sur le premier Star Wars, les accessoires ouvertement en plastique, des scènes de guerre massive réalisées avec au moins…une dizaine de figurants –peut-être douze-, les costumes tout droit sortis de la grande parade de la gay pride, sans oublier la musique de Queen qui aurait pu représenter une faute de qualité mais qui fait en sorte de ne pas dénoter avec l’ambiance générale de débilité profonde de cette œuvre majeure – hommage à Freddy pour sa capacité d’adaptation-
Cerise sur le gâteau, l’adéquation entre l’ambiance esthétique du film et sa dimension psychologique dont les relents sadomasochistes ne sont pas sans rappeler certains péplums italiens de série Z.
Bref…la plupart des scènes et images de cet écrin cinématographique sublime resteront à jamais dans nos mémoires, que ce soit la scène où Flash improvise un ballon de football américain pour mieux dégommer les sbires de Ming,
l’improbable duel sur la plate-forme d’épieux entre le Prince Barin -Timothy Dalton- et notre héros interprété par Sam J. Jones qui malgré ses muscles et son brushing joue comme une patate, ou encore la charge héroïque finale du footballeur sans peur et sans reproche à la tête de l’armada des hommes-oiseaux.
Que du bonheur pour ceux qui auront décidé de ne pas regarder un film moins pourri, c’est-à-dire un autre – n’importe lequel.
Merci Guy…SI quelqu’un vend le tee-shirt original floqué Flash, je suis preneur.
Pour le pire et le meilleur, le sport est un objet éminemment politique. le savait bien.
Même s’il existe une vielle tradition de films sur le sport, le cinéma n’a pas toujours su lui donner sa dimension politique. Mais évidemment il y a quelques exceptions.
Voici donc le top 10 de Lombrieur en la matière avec des extraits cultes :
Au commencement, Métal Hurlant est une revue de bande dessinée française fondée dans les années 70 par les Druillet, Moebius et autres futurs grands noms de la BD pour adultes. Les américains sont fascinés par ce nouveau souffle et créent leur propre version de la revue : Heavy Metal. Le film animé long métrage canadien du même nom qui sorti en 81 est directement inspiré de ces deux publications. Son réalisateur, Gerald Potterton, est une figure de proue de la vague du dessin animé alternatif des années 60.
Dans le contexte de l’époque où Disney et les longs métrages pour enfant sont quasiment les seuls produits proposés en salle dans le domaine de l’animé, ce film fait l’effet d’une petite révolution. Dans la logique des revues éponymes, il intègre tous les éléments qui dans les deux décennies qui suivent vont faire déborder la bande dessinée et l’animation de la sphère enfantine. Même si son graphisme n’est pas toujours d’une qualité irréprochable et que la fluidité de l’animation peut parfois laisser à désirer, Métal Hurlant n’en reste pas moins très novateur pour son époque, tant par les techniques utilisées qui annoncent l’ère numérique, par sa puissance visuelle, par les musiques qui composent sa B.O, que par sa liberté de ton dont on peut se demander si elle serait encore possible actuellement.
Le film est composé d’une suite d’histoires reliées par l’interaction d’une sorte de perle verte maléfique (coucou Jack Vance !) appelée le Loc-Nar. Il décline et mélange ainsi avec bonheur tous les ingrédients qui caractérisent cette nouvelle BD des années 70 (cyberpunk, dérision, héroic fantasy, érotisme, gore, science-fiction …).
La dernière séquence consacrée à Taarna est probablement la plus onirique du film. Le personnage féminin au centre du scénario tranche avec les autres histoires qui même appréhendées au second degré peuvent laisser une impression sexiste.
Taarna, la guerrière sans faille chevauchant une sorte de ptérodactyle légendaire, est un mélange subtil entre le chevalier Galaad et le Clint Eastwood des Sergio Leone Elle ne parle jamais mais incarne le bras armé de la Justice dans un monde où cette dernière ne peut s’appliquer que par le glaive…tout un programme. Le personnage est manifestement inspiré de l’Arzach de Moebius publié entre 75 et 76.
La scène du vol, du bain et de l’habillement est tout particulièrement inoubliable. Elle met en scène un rituel de purification, de transformation et de préparation de la guerrière avant le combat. Sa puissance évocatrice réside dans sa capacité à allier poésie, mysticisme et érotisme. Tous les éléments de la vieille tradition littéraire occidentale du héros y passent : le pèlerinage, la quête, le sanctuaire, la pureté, l’épée de justice, la sublimation…
La qualité visuelle et la capacité de cette scène à intégrer l’ensemble de ces thèmes avec une esthétique renouvelée en font à la fois un morceau d’anthologie du cinéma et une oeuvre clef de l’héroic fantasy.
« Défendre : tel est le pacte. Mais quand la vie est bafouée, qu’elle perd toute valeur, alors défense devient vengeance ».
Une mention spéciale au décor qui semble être une sorte de centrale nucléaire désaffectée englobée par le squelette d’un gigantesque dragon qui serait venu mourir dessus. De là à penser que notre héroïne fait trempette dans une piscine de stockage de combustible pour aller récupérer son costume en latex… ! Peut être que finalement c’est dans ce bain si spécial que se trouve le sens premier du titre du film ?